lundi 16 juin 2008

Des émeutes au Maroc

Depuis le début du mois en cours, Sidi Ifni, petite ville marocaine de 20.000 habitants, a connu des évènements tragiques où les forces de l'ordre étaient obligés d'en venir aux manières fortes pour faire face aux émeutes qui ont suivi les soulèvements de fin mai, orchestrés par les jeunes chômeurs.

Et pour cause, le sous-développement qui bat son plein dans cette partie du Royaume, où l'Etat ne semble s'occuper que des activités du port qui lui son sources de revenu au détriment de la population abandonnée à son triste sort.

D'après Observers France 24 , les tensions ont débuté le 30 mai dernier, lorsque des centaines de chômeurs ont bloqué le port pour dénoncer la dégradation de leur niveau de vie. Un siège qui ne s’est achevé, ce week-end, qu’après l’intervention de la police. Les autorités affirment avoir géré la crise sans employer la force de manière excessive, précisant que la situation était désormais sous contrôle.

Mais, que s'est-il réellement passé ce début du mois de juin à Sidi Ifni ? S'interroge Hbalbladi.net. Au delà des causes et des détonateurs des émeutes, il faut se poser la question sur le comportement des forces de l'ordre.

Puisque, affirme-t-on, les émeutiers qui ont été pourchassés jusqu’à l’intérieur de leurs demeures, n’ont trouvé d’autre alternative que de se réfugier sur les hauteurs de la ville. Selon la presse marocaine, ils auraient été harcelés et encerclés par les forces anti-émeutes déployées pour mettre fin à cette révolte.

L’information parue dans les colonnes du quotidien indépendant marocain Le soir s'était ainsi confirmée: « Tabasser aveuglement des chômeurs et violer l’intimité de leurs maisons sont dans les conditions actuelles, une aventure aux conséquences incertaines ». A ce rythme, quelle tournure prendront ces événements? La presse locale semble craindre le pire.

La décision de mettre sur pied une commission d’enquête parlementaire sur les évènements de Sidi Ifni est une bonne décision. Elle permettra de tirer les choses au clair dans le calme et l’objectivité. Cette commission devra nous dire où sont les dépassements — s'ils ont eu lieu —, quelle est leur nature, et quelles sont les responsabilités qu’ils impliquent.

Ce travail de vérification scrupuleuse des faits est le seul à même de donner à ces évènements leur vraie dimension. Une protestation légitime qui a sombré dans la violence pour finir par très mal tourné. Des émeutes qui ont largement dépassé le cadre de la loi, et la répression de ces émeutes qui a donné lieu à de larges dépassements de la même loi. L’une ou l’autre partie, à un moment, de ce drame absolu, en vase clos, est sortie du cadre de la légalité.

Le Magrheb dans un cycle de troubles

Ces évènements du maroc surviennent après ceux de l'Algérie et de la Tunisie. Gafsa, Oran, Alger, les foyers de contestations s'allument un à un depuis le début de l'année. Une colère dont les régimes en place veulent à tout prix limiter l'expression politique, quitte à tirer sur la foule, comme cela s'est produit en Tunisie.

Les récentes émeutes (ici et là), durement réprimées par les autorités, dépeignent une triste réalité. Les chiffres officiels du chômage parlent d’eux-mêmes. Ils s’élèvent respectivement au Maroc, en Algérie et en Tunisie à 9,7% 13,8% et 14,1% en 2007. Mais pour Kamel Chachoua, ces chiffres sont « en deçà de la réalité » et ne prennent pas en compte le réel malaise social du Maghreb.

On souligne entre autres le mal-être de millions de Maghrébins d’aujourd’hui, les réactions inadaptés des autorités et les conséquences du chômage sur une société en pleine métamorphose.

Diego Yesaya

Aucun commentaire: