jeudi 26 juin 2008

Mugabe-Tsvangirai: face-à-face, deux figures politiques du Zimbabwe


Robert Mugabe, le libérateur oppresseur

Fils d'un immigré du Nyassaland, Robert Gabriel Mugabe est un homme politique zimbabwéen né le 21 février 1924. Il a été premier ministre du Zimbabwe de 1980 à 1987 et président depuis 1987.

Longtemps considéré comme l'un des "pères de l’indépendance" de l'ancienne Rhodésie du Sud, l'ancien chef de guérilla a plongé l'ancien grenier à blé de l'Afrique dans la dictature et, depuis le début des années 2000, dans la pénurie alimentaire la plus grave de l'histoire du pays...

Diplômé en enseignement à l'âge de 17 ans, il rejoint l'université de Fort Hare en Afrique du Sud pour y étudier l'anglais et l'histoire. Il y côtoie Julius Nyerere, Herbert Chitepo, Robert Sobukwe et Kenneth Kaunda.

En 1960, il revient en Rhodésie du Sud, converti à l'idéologie marxiste et se déclarant "marxiste-léniniste-maoïste". Il se joint au Ndébélé Joshua Nkomo et au parti national démocratique (National Democratic Party - NDP), qui devient par la suite Zimbabwe African Peoples Union (ZAPU), immédiatement interdit par le gouvernement blanc de Ian Smith.

En 1963, Robert Mugabe crée son propre parti, le Zimbabwe African National Union (ZANU), avec le révérend Ndabaningi Sithole et l'avocat Herbert Chitepo. Il en devient secrétaire général. La ZANU et la ZAPU.

Le 18 avril 1980, Robert Mugabe devient le premier Premier ministre du nouvel Etat du Zimbabwe et Canaan Banana le premier président. Au pouvoir, il tente d'incorporer la ZAPU dans sa ZANU et offre à Nkomo de prestigieux portefeuilles ministériels. Mais les revendications et les attentes sociales des Shonas l'entraînent à mener une politique plus nationaliste et ethnique.

En 1982, pour fêter les 2 ans d'indépendance, il fait rebaptiser toutes les villes du pays à commencer par Salisbury désormais Harare. En 1983, une rébellion ndébélé met fin à l'union ZANU-ZAPU et une guerre civile ensanglante la province du Matabeleland. Robert Mugabe y déploie « sa » 5e brigade, une force spéciale formée par des instructeurs nord-coréens. Nkomo est démis de ses fonctions. La répression de l'armée est brutale contre les ndébélés. On dénombrera 10 000 victimes.

En 1987, un accord de paix met fin à la guerre civile et la ZAPU se fond enfin dans la nouvelle ZANU-PF. C'est également l'année de la fin du collège électoral blanc et de leur représentation assurée de 20 députés signifiant la fin du rôle politique des blancs dans le pays. C'est aussi l'année où Mugabe prend la fonction de président de la république aux pouvoirs élargis, abolissant le poste de premier ministre.

A 83 ans, Robert Mugabe entend s'accrocher au pouvoir jusqu'à sa mort. A l'approche de l'élection présidentielle prévue l'an prochain, Mugabe n'a pas l'intention de passer la main, même si certains de ses lieutenants aimeraient bien le pousser vers la sortie. Ses voisins d'Afrique australe seraient eux-aussi tentés de lui donner gentiment un coup de pouce vers la retraite, un pas que l'Afrique du Sud, la principale puissance régionale, a hésité à franchir jusqu'ici. Mugabe peut aussi compter sur le soutien sonnant et trébuchant de la Chine pour renflouer ses caisses vides, et tenir ainsi à la tête d'un pays exsangue et démoralisé, défiant le reste du monde et son propre peuple. Jusqu'à quand?

Morgan Tsvangirai, l' infatigable opposant

Morgan Tsvangirai incarne au Zimbabwe l'opposition à l'inamovible président Robert Mugabe. Issu d'un milieu modeste, il est né en 1952 à Gutu, dans l'est du pays. Il a dû interrompre ses brèves études afin d'aider à nourrir sa nombreuse famille, dont il est l'aîné.

Après un passage dans l'industrie du textile, le jeune Morgan est embauché comme mineur pour une compagnie d'extraction de nickel à Bindura, où il vit pendant une dizaine d'années. C'est à ce moment-là, dans les années 70, que se tient la lutte armée contre le régime blanc d'Ian Smith. Morgan Tsvangirai se tient à l'écart, ce qui lui vaudra par la suite les remontrances de Robert Mugabe.

Tsvangirai fait ses premières armes dans le syndicalisme. Sa fougue et son activisme le propulsent au poste de chef de section du syndicat Associate Mine Workers Union. Il sera ensuite choisi comme l'un des responsables du National Mine Workers Union, avant de devenir secrétaire général du Zimbabwe Congress of Trade Unions en 1988.

Orateur de grande éloquence, Morgan Tsvangirai donne de multiples conférences dans les universités d'Afrique et d'ailleurs. Il s'exprime aussi dans le cadre de nombreuses rencontres internationales. Son propos est souvent incisif quand il s'agit de Robert Mugabe, qu'il n'hésite pas à qualifier de "despote dérangé". On lui reproche toutefois d'être parfois impulsif.

En février 2000, le MDC fait campagne contre le référendum sur la réforme de la Constitution. Avec la victoire du non, Tsvangirai inflige une défaite historique à Robert Mugabe. En juin, lors des élections législatives, le MDC remporte 57 sièges, contre 62 pour le ZANU-PF de Robert Mugabe, brisant ainsi le monopole du parti au pouvoir depuis 20 ans. Tsvangirai n'est cependant pas élu.

Il se présente, en mars 2000, à l'élection présidentielle contre Robert Mugabe. L'élection est, selon de nombreux observateurs, entachée de fraudes et Mugabe est réélu avec 57% des suffrages (contre plus de 90% habituellement) contre 43% à Tsvangirai.

En mars 2007, le chef du MDC est passé à tabac puis incarcéré après une manifestation interdite par le gouvernement et organisée par des mouvements de l'opposition rassemblés autour de la coalition Save Zimbabwe Campaign (Campagne pour sauver le Zimbabwe). L'opposition protestait contre l'interdiction des manifestations et rassemblements politiques, et la crise socio-économique. Elle manifestait aussi contre l'intention du président Robert Mugabe de briguer un nouveau mandat en 2008.

Dernière confrontation en date et qui est toujours en vigueur: les élections générales du 29 mars 2008. Les résultats de la présidentielle accordent une légère avance à l'opposant Morgan Tsvangirai (47,9 % des suffrages, contre 43,2 % pour Robert Mugabe). Un deuxième tour aura lieu le 27 juin 2008.

Quant aux élections législatives, le MDC y a remporté 109 sièges contre 97 pour le ZANU-PF de Mugabe.

2 commentaires:

Diego Yesaya a dit…

La situation au Zimbabwe est délicate. Mais le plus grand comble dans tout ça, comme dans la plupart de pays africains, c'est que la vraie volonté du peuple est bafouée au profit des intérêts égoïstes et paternalistes, tant des nationaux que des étrangers.
Ce qu'il faut, c'est que les deux protagonistes pensent en premier au peuple zimbabwéen qui n'en demande pas plus que de connaître la paix véritable, gage de leur épanouissement. Qu'il faille que Mugabe s'en aille ou qu'il reste, que Tsvangirai soit président ou pas, sachons tous que l'histoire faira entendre son jugement, tôt ou tard.

dany a dit…

Portraits édifiants sur les deux concurrents de la scène politique zimbabwéenne. L'intérêt de ces portraits ressort avec pertinence dans l'actuel contexte de leur confrontation à l'élection présidentielle particulièrement controversée qui fait craindre d'ailleurs l'explosion de l'ancienne Rhodésie du Sud jadis joyau agricole de l'Afrique.Le lecteur peut comprendre à la lecture de ces portraits les divergences qui opposent actuellement les deux personnages avec la scandaleuse virulence à laquelle on assiste ces derniers jours.